L'Épithèque d'Uhler (Helocordulia uhleri)

Épithèque d'Uhler - Uhler's sanddragon - Helocordulia uhleri - mâle
Rivière Sainte-Anne, Saint-Raymond - 20 juin 2020


L'Épithèque d'Uhler est une espèce printanière que j'ai redécouverte l'an dernier. Des inventaires de libellules plus tôt qu'à l'habitude à la rivière Sainte-Anne à Saint-Raymond ainsi qu'à la rivière Jacques-Cartier à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier m'ont fait réaliser combien cette espèce est commune. Les individus qui ont émergés il y a quelque temps reviennent à la rivière pour se reproduire et c'est le meilleur moment pour les observer. Dès la fin de juin leur nombre diminue rapidement jusqu'à disparaître en laissant derrière eux une nouvelle génération pour l'année suivante.

Voici quelques résultats de 2020

Le 20 juin à la rivière Sainte-Anne à Saint-Raymond : 15 individus recensés.
Le 21 juin à la rivière Jacques-Cartier à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier : 12 individus recensés.

Et déjà des résultats en 2021

Le 23 mai à la rivière Saint-Charles près de Québec : 6 exuvies récoltées et l'observation d'une femelle  fraîchement émergée tout près de son exuvie.

N'eût été de la collecte de l'exuvie, je ne suis pas certain que j'aurais réussi à l'identifier. À ce moment mes présomptions allaient du côté de l'Épithèque canine (Epitheca canis) mais quelque chose clochait. Les points foncés sur le thorax ne me rappelait rien que j'aie déjà observé et mes guides ne m'étaient d'aucunes utilités dans ce cas précis.

Je m'en suis donc remis à l'identification de l'espèce en étudiant les caractéristiques de son exuvie et elles correspondent tout à fait à l'Épithèque d'Uhler. Il en est de même pour les cinq autres exuvies. Techniquement, c'est le nombre d'épines médiodorsales des segments de l'abdomen qui différencient l'Épithèque d'Uhler des autres espèces d'épithèque. Chez ces dernières elles sont notables des segments 2 à 9 alors que chez l'Épithèque d'Uhler elles sont présentes que sur les segments 6 à 9 (6 étant très petite).


Épithèque d'Uhler - Uhler's sanddragon - Helocordulia uhleri - femelle
Rivière Saint-Charles, Saint-Émile - 23 mai 2021



Exuvie d'Épithèque d'Uhler en vue latérale montrant les
épines médiodorsales des segments 6 à 9 (6 étant très petite)


Exuvie d'Épithèque d'Uhler en vue dorsale

Références

Field Guide to The Dragonflies and Damselflies of Algonquin Provincial Park and the Surrounding Area - Algonquin Field Guide Series

Naïades et Exuvies des Libellules du Québec - Clé de Détermination des genres - Entomofaune du Québec

Dragonflies of North America - Third Edition - Needham, Westfall, May

Dragonfly Nymphs of North America - Tennessen

 

 

Alain Côté



L'Aeschne verticale (Aeshna verticalis) vs l'Aeschne du Canada (Aeshna canadensis)


Aeshne verticale - Green-striped Darner - Aeshna verticalis - mâle
Aeshne du Canada - Canada Darner - Aeshna canadensis - mâle

Il n'y a pas de doute l'Aeshne verticale (Aeshna verticalis) est une espèce souvent confondu avec l'Aeshne du Canada (Aeshna canadensis). Comme elle est peu signalée au Québec, avec seulement une poignée de mentions, acquérir de l'expérience pour mieux la connaitre n'est pas simple. La découverte récente d'un site où l'espèce semble maintenir une petite population m'a récemment permit de vérifier une caractéristique qui permet de différentier les mâles de ces deux taxons à coup sur. Je ne vais pas élaborer sur les différents critères tel que les bandes thoraciques ou l'arrangement des taches sur l'abdomen mais plutôt sur un détail morphologique au niveau de l'hamule, présent chez le mâle, qui permet d'en arriver rapidement à une conclusion concernant l'identification de l'une ou l'autre des espèces.

L'observation de l'hamule du mâle sous-entend que l'insecte doit avoir été capturé (et préférablement relâché par la suite) car il se trouve sous l'abdomen et plus spécifiquement sous le segment 2 (S2). L'insecte doit être maintenu par les ailes puis retourné afin d'avoir une vue ventrale. De plus une loupe 10X et/ou une bonne photographie seront nécessaires pour déterminer la forme de celle-ci. Dans le cas d'Aeshna canadensis la forme de l'hamule est décrite comme suit dans le guide Algonquin : "hamular folds look like praying hands" ce qui signifie; qui ressemble à des mains qui prient. Dans le cas d'Aeshna verticalis, j'aime utiliser la même analogie avec des mains qui prient mais avec les doigts repliés à 90 degrés et dont les extrémités se touchent. Vous pourrez facilement trouver l'hamule sur les sur les deux photos ci-bas en regardant juste au dessus du filigrane "COPYRIGHT ALAIN CÔTÉ". Une fois la forme de l'hamule confirmée vous saurez si vous avez en main Aeshna verticalis ou Aeshna canadensis.

À mon avis c'est le critère le plus fiable pour confirmer ou infirmer ces deux espèces. Un des seuls guides de terrain qui le présente très bien c'est "Field Guide to The Dragonflies and Damselflies of Algonquin Provincial Park and the Surrounding Area" de la série "Algonquin Field Guide". Deux autres excellentes références en fait aussi mention soit "Dragonflies and Damselflies of the East" de Dennis Paulson et "Drangonflies of North America", third edition, de Needham, Westfall, May.


Forme de l'hamule chez l'Aeschne verticale - Aeshna verticalis

Forme de l'hamule chez l'Aeschne du Canada - Aeshna canadensis


Alain Côté




Références :

Field Guide to The Dragonflies and Damselflies of Algonquin Provincial Park and the Surrounding Area, Algonquin Field Guide, p. 93

Dragonflies and Damselflies of the East, Dennis Paulson, p. 190

Drangonflies of North America, third edition, Needham, Westfall, May, p. 66

http://wiatri.net/inventory/odonata/SpeciesAccounts/Images/IDofGreenStripedDarner_DuBois.pdf

https://quebecodes.wordpress.com/2013/08/22/canada-or-green-striped/

https://quebecodes.wordpress.com/2013/08/22/answer/

http://www.geocities.ws/hastingscountyodonata/aeshna_verticalis/aeshna_verticalis.htm

Les odos de la Bécancour en canot - 25-26 août 2019


La rivière Bécancour


Inventorier les libellules en canot offre un grand avantage et donne souvent l'occasion de répertorier de nouvelles espèces présentent dans des habitats bien précis ou circonscrits. Je l'ai expérimenté à plusieurs reprises dernièrement sur plusieurs rivières avec des résultats très intéressants. Les 25 et 26 août dernier j'ai donc parcouru la rivière Bécancour entre l'étang Stater et le lac à la Truite et réussi à faire trois ajouts d'espèces qui n'avaient pas encore été répertoriées dans la section du bassin versant de la rivière Bécancour comprise dans la grande région de Chaudières-Appalaches.

De toute évidence l'endroit idéal pour la mise à l'eau est le pont à Chevilles enjambant la rivière aux Pins en amont de l'étang Stater. Cette rivière est un affluent de la rivière Bécancour et les deux cours d'eau se croisent quelques centaines de mètres en aval du pont. Je rame lentement en inspectant les berges herbeuses qui sont d'excellents endroits pour observer plusieurs espèces de zygoptères. Je n'ai pas long à faire avant de découvrir mes premiers caloptéryx et quelques Lestes rectangularis. Ici et là je note aussi des Ischnura verticalis et puis la discrète Nehalennia irene quand tout à coup je remarque la présence d'un enallagma un peu plus loin. Une capture au filet me permettra de confirmer qu'il s'agit d'Enallagma exsulans; une espèce régulière cette année quand je circule en rivière avec mon canot. Il y a aussi l'un de mes zygoptères préférés qui fait bonne figure et je m'arrête quelques minutes pour observer plusieurs tandems d'Argia fumipennis dont les femelles s'affairent à pondre parmi des débris de végétation.


Agrion exilé - Stream Bluet - Enallagma exsulans

Argie violacée - Violet Dancer - Argia fumipennis violacea - Tandem en ponte - En avant-plan un mâle Agrion exilé
 
Pour continuer mon parcours sur la rivière Bécancour, je dois faire un portage afin de contourner l'endiguement rocheux servant de barrage et retenant les eaux de l'étang Stater. C'est en cherchant le meilleur endroit pour transférer mon matériel qu'un mâle Peritemis tenera en maraude est venu me surprendre. Il s'agit probablement d'une nouvelle espèce qui s'ajoute pour le secteur de l'étang.

C'est la première fois que je visite la section de rivière comprise entre le barrage et le lac à la Truite. Dès que je quitte la grande fosse au pied du barrage la rivière s'écoule doucement avec un faible débit sur des centaines de mètres et j'ai peine à faire avancer mon canot qui touche le fond sablonneux et rocailleux à maints endroits. Non loin je remarque une couple de libellules rôdant près d'un amoncellement de gravier. Je m'approche et je capture une autre espèce qui s'avèrera être un nouvel ajout pour la liste des espèces du bassin versant de la rivière Bécancour; un Dromogomphus spinosus.


Gomphe épineux - Black-shouldered spinyleg - Dromogomphus spinosus - mâle

Maintenant je suis en plein dans l'habitat parfait de Stylurus scudderi. Comme ils le font souvent l'un d'eux finit par se poser sur mon canot. Plus loin un autre pousse même l'audace jusqu'à venir se poser sur ma main ! Dans ce milieu propice pour cette espèce j'en identifie six de façon certaine alors qu'une douzaine d'autres restent non confirmés à l'espèce. Parmi cette douzaine de stylurus en circulation il y en a un qui a vraiment attiré mon attention lorsqu'il est passé au travers du champ de vision de mes jumelles. Je suis quasi-certain qu'il s'agissait d'un Stylurus spiniceps mais je l'ai perdu de vue alors qu'il remontait la rivière. J'ai préparé ma caméra pour espérer le figer au cas où il repasserait mais en vain. De toute façon je repasse dans ce secteur demain et je dois maintenant me trouver un endroit pour monter ma tente et passer la nuit.


Rivière Bécancour - habitat propice pour les stylurus; faible débit, faible profondeur avec un fond sablonneux
 
Ce Stylurus scudderi cherchait un endroit pour se poser sur mon canot, il en a décidé autrement !

Le lendemain vers 09h30 je suis de retour dans le secteur des "scudderi" et fidèles à leurs habitudes l'un d'eux se pose sur la pointe de mon canot. Je l'observe pendant quelques secondes avant qu'il ne s'envole. Soudain j'entends des bruissements d'ailes tout près qui attire mon attention; un tandem vient de se former. Ils volent maladroitement et ne semblent pas réussir à prendre de l'altitude puis je les perds de vue dans la végétation juste un peu plus loin. Je donne quelques coups de rames pour m'approcher et ils reprennent leur envol toujours aussi maladroitement. Ils finissent par venir passer très près de moi et je réussi à les prendre dans mon filet. À travers celui-ci je vois que le mâle Stylurus scudderi a lâché la femelle mais je vois aussi que les deux individus sont de tailles différentes. Je prends d'abord le mâle, qui est le plus petit des deux individus, et je fais quelques photos avant de le relâcher. J'avais bien hâte de voir la femelle et, oh surprise, après quelques instants je réalise que je tiens une femelle Stylurus spiniceps ! Là je comprends pourquoi le vol semblait compliqué, la femelle devait se débattre frénétiquement pour se libérer de ce mâle qui n'était pas de son espèce.


Gomphe de Scudder - Zebra Clubtail - Stylurus scudderi - le mâle qui était en tandem avec la femelle Stylurus spiniceps
 
Gomphe fléché - Arrow Clubtail - Stylurus spiniceps - la femelle qui était en tandem avec le mâle Stylurus scudderi

Je finis par reprendre mon parcours vers le pont à Chevilles qui est quand même à presque trois kilomètres.Tout au long du trajet j'observe quantité d'aeshnes que je ne parviens pas à capturer mais j'ai plus de succès avec les zygoptères qui constituent tout de même plus du tiers des espèces sur ma liste d'inventaire.

Voici la liste des espèces recensées lors de cette excursion de deux jours :

12 Calopteryx aequabilis
11 Calopteryx maculata
10 Lestes rectangularis
3   Lestes disjunctus
26 Argia fumipennis violacea
3   Enallagma carunculatum (dans les massifs de quenouilles à la tête du lac à la Truite)
12 Enallagma exsulans
60 Ischnura verticalis
2   Nehalennia irene
1   Aeshna umbrosa
50 Aeshna non-identifiés
2   Boyeria non-identifiés
1   Dromogophus spinosus
10 Stylurus scudderi
1   Stylurus spiniceps
13 Stylurus non-identifiés
1   Leucorrhinia intacta
6   Libellula luctuosa
4   Libellula pulchella
1   Pantala flavescens
1   Perithemis tenera
6   Plathemis lydia
18 Sympetrum non-identifiés


Alain Côté

Cordulegaster obliqua - Seigneurie de Joly - 3 août 2019


Une séquence tout de même chanceuse, après l'apparition récente de Pachydiplax longipennis sur la liste des odonates de Chaudières-Appalaches voilà maintenant que s'ajoute celle de Cordulegaster obliqua ! Deux espèces difficile à détecter dans la région.

La présence de ce rare cordulégastre a été signalée par Guy récemment alors qu'il effectuait un inventaire du côté de la Seigneurie Joly. Deux jours plus tard je suis allé dans le même secteur et j'ai aussi vu un Cordulegaster obliqua. Cette autre observation, puisqu'il s'agit bien de deux individus différents, semble indiquer que le milieu est propice à l'espèce et qu'il pourrait même y avoir une population locale.

Cordulégastre oblique - Arrowhead Spiketail - Cordulegaster obliqua - mâle

C'est parmi les hautes herbes, le long d'un sentier forestier, que j'ai repéré cet imago mâle se comportant à la façon des sympétrums. D'abord posé, il s'envolait pour capturer une proie puis revenait au même endroit pour y faire le guet. Il a eu ce comportement à quelques reprises avant que je ne le voit disparaître vers la forêt tout juste de l'autre côté du chemin. Bien dissimulé par la végétation j'ai repéré un habitat propice à la reproduction, si femelle il y a, et qui pourrait expliquer la présence de l'espèce dans ce secteur.

Ruisseau en milieu forestier correspondant à l'habitat de C. obliqua

 Voici la liste des espèces repérées lors de cet inventaire :

Aeshna canadensis - 2 imagos, mâle et une femelle, capturé et relâché (C/R)
Aeshna interrupta - 1 imago mâle C/R
Aeshna  non-identifié (sp) - 8 imagos observés
Cordulagaster obliqua - 1 imago mâle observé
Somatochlora walshii - 2 imagos mâle C/R
Somatochlora williamsoni - 1 imago femelle C/R

Cordulie de Williamson - Williamson's Emerald - Somatotochlora williamsoni - femelle

Leucorrhinia proxima - 2 imagos, mâle et femelle, C/R + 2 imagos mâle observés
Libellula pulchella - 1 imago mâle C/R
Libellula quadrimaculata - 6 imagos observés
Sympetrum internum - 3 imagos mâle C/R
Sympetrum obtrusum - 2 imagos mâle C/R + 3 imagos mâle observés


Alain Côté
Guy Lemelin

Les odonates des rivières Sainte-Anne et Jacques-Cartier - 28 juillet 2019


Suite aux résultats d'inventaires obtenus à la rivière Saint-Charles récemment, il y a deux autres rivières de la grande région de la Capitale-Nationale que j'ai choisi d'inventorier en canot afin de mieux connaitre son odonatofaune. Il s'agit des rivières Sainte-Anne dans le secteur de Saint-Raymond et Jacques-Cartier dans le secteur de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier.

La première que j'ai inventoriée, en compagnie de Guy, fut la rivière Sainte-Anne, à proximité de Saint-Raymond, sur une distance d'environ 1 kilomètre vers l'aval puis la rivière Bras-du-Nord de la rivière Sainte-Anne (affluent de la rivière Sainte-Anne) sur une distance d'environ 1,5 kilomètre vers l'amont.

Sans plus tarder voici la liste des espèces recensées dans le secteur de Saint-Raymond :

Calopteryx aequabilis - seulement 2 imagos femelle observés
Calopteryx amata - 25 imagos observés (belle présence de cette espèce)
Calopteryx maculata - 8 imagos observés
Lestes sp. - 1 imago observé
Argia fumipennis - 2 imagos mâle dont 1 "capturé/relâché" (C/R) et 1 observé


Argie violacée - Violet Dancer - Argia fumipennis violacea - mâle

Argia moesta - 1 imago mâle observé
Enallagma carunculatum - 3 imagos mâle C/R
Enallagma ebrium - 5 imagos mâle C/R
Enallagma exsulans - 15 imagos mâle dont 5 C/R et 10 observés
Enallagma sp. - 2 imagos mâle observés
Ischnura verticalis - 8 imagos dont 2 femelles C/R et 6 mâles observés
Basiaeschna janata - 2 imagos femelle dont 1 C/R et 1 observé
Dromogomphus spinosus - 2 imagos mâle dont 1 C/R et 1 observé
Ophiogomphus sp. - 1 imago observé
Stylurus scudderi - 1 imago mâle observé
Stylurus spiniceps - 1 exuvie collectée
Macromia illinoiensis - 4 imagos observés
Cordulia shurtleffi - 1 imago femelle C/R
Epitheca sp. - 1 imago observé
Somatochlora tenebrosa - 1 imago femelle C/R


Cordulie ténébreuse - Clamp-tipped Emerald - Somatochlora tenebrosa - femelle


Ladona julia - 1 imago mâle observé
Libellula quadrimaculata - 2 imagos observés
Plathemis lydia - 4 imagos observés dont 3 mâles et 1 femelle

La deuxième rivière à être inventoriée fut la rivière Jacques-Cartier dans le secteur de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier. J'ai navigué celle-ci vers l'aval sur une distance d'environ 2 kilomètres en inspectant soigneusement les rives à la recherche d'exuvies. Mes résultats apparaissent dans la liste ci-dessous:

Calopteryx aequabilis - au moins 75 imagos observés
Calopteryx maculata - au moins 30 imagos observés
Argia moesta - 1 imago mâle C/R
Enallagma annexum - 1 imago mâle C/R
Enallagma exsulans - 23 imagos mâle dont 3 C/R et 20 observés
Ischnura verticalis - 5 imagos observés dont 3 mâles et 2 femelles
Aeschna umbrosa - 1 imago mâle C/R
Basiaeschna janata - 1 imago observé
Boyria grafiana - 1 imago femelle ténérale observé + 2 exuvies récoltées
Gomphidés sp. - plusieurs exuvies collectées
Dromogomphus spinosus - 5 imagos dont  1 mâle C/R et 4 observés
Hagenius brevistylus - 2 imagos dont 1 mâle C/R et 1 observé
Hylogomphus adelphus - 2 imagos mâle dont 1 C/R et 1 observé
Phanogomphus exilis - 4 imagos dont 1 mâle C/R et 3 observés
Ophiogomphus sp. - 1 imago observé + exuvies collectées
Stylogomphus albistylus - 1 imago mâle observé
Stylurus amnicola - 1 exuvie collectée
Stylurus scudderi - 1 imago mâle observé + 19 exuvies collectées
Stylurus spiniceps - 1 exuvie collectée
Macromia illinoiensis - 3 imagos observés + 1 exuvie collectée
Plathemis lydia - 4 imagos observés dont 3 mâles et 1 femelle

Les deux listes montrent des similitudes évidentes mais elles démontrent surtout que Dromogomphus spinosus et Enallagma exsulans sont des espèces bien établit en Capitale-Nationale (ces deux espèces apparaissaient quasi-inexistantes jusqu'à tout récemment). Quant à Phanogomphus exilis et Hagenius brevistylus ils semblent avoir des exigences particulières du point de vue de leur environnement et je ne les ai retrouvés que dans un secteur bien spécifique lors de mes recensements (voir photo ci-bas) alors que d'autres espèces comme Argia fumipennis et Argia moesta bien que présentent demeurent des espèces marginales dans le secteur. Autrement Stylogomphus albistylus constitue un bel ajout pour la région de la Capitale-Nationale.


Entre la rive et l'île il y a un chenail qui n'est pas sans rappeler la rivière Saint-Charles près de Québec. C'est seulement dans cette parcelle d'habitat de la rivière Jacques-Cartier que j'ai retrouvé Phanogomphus exilis et Hagenius brevistylus. 

Ce qui est aussi très intéressant dans les inventaires de ces deux rivières c'est la découverte d'exuvies de Stylurus amnicola et de Stylurus spiniceps prouvant la présence de naïades vivants dans ces eaux. À noter qu'il s'agissait de deux espèces inconnues en dehors du corridor fluvial jusqu'à tout récemment dans la grande région de Québec. Ces informations vont donc s'ajouter aux connaissances acquises lors des inventaires de l'IALQ (Initiative pour un Atlas des Libellules du Québec).


Alain Côté
Guy Lemelin

Surprise à la Seigneurie de Joly - 22 juillet 2019


La Seigneurie de Joly est un vaste territoire boisé situé au nord de l'autoroute 20 entre Val-Alain et Villeroy. Elle est essentiellement traversée par la rivière du Chêne mais on y retrouve aussi quelques ruisseaux ainsi que de superbes étangs à castors bien dissimulés en forêt. La majorité de ce territoire reste encore à inventorier mais déjà une surprise pour le moins inattendue a été repérée à proximité d'un de ces étangs.

C'est lors de la deuxième expédition, à laquelle j'ai pu me joindre, que nous avons probablement découvert moi, Peter et Maurice la libellule la plus surprenante de ce site; le Pachydiplax longipennis ! Et il n'y en avait pas qu'un mais bien deux dans un fossé complètement inondé par un barrage de castors. Les deux individus de type femelle se posaient sur des branches ténues d'où elles s'élançaient fréquemment par aller capturer des proies presqu'invisibles à l'oeil nu.


Lieu de la découverte des deux femelles Pachydiplax longipennis - Seigneurie de Joly

Autre vue du lieu de la découverte des deux femelles Pachydiplax longipennis - Seigneurie de Joly

Libellule véloce - Blue Dasher - Pachydiplax longipennis - femelle

Sur le chemin du retour, le long du sentier forestier qui s'étire sur une distance d'environ deux kilomètres, nous avons aussi capturer une femelle Erythemis simplicicollis qui était posée dans les hautes herbes bordant le chemin. Il s'agit d'une espèce qui avait déjà été repérée lors de la première expédition.


Chemin du retour où a eu lieu la découverte d'Erythemis simplicicollis

Érythème des étangs - Eastern Pondhawk - Erythemis simplicicollis

Plus tard en après-midi nous croisons un ruisseau traversant la route et question d'y vérifier les libellules nous garons notre véhicule un peu plus loin. La dernière chose que nous nous attendions à voir à cet endroit c'est bien un autre Pachydiplax longipennis ! Il est là tout près du chemin posé sur une branche surplombant le point d'eau et cette fois c'est un mâle. Nous sommes vraiment surpris par cette autre découverte.


Libellule véloce - Blue Dasher - Pachydiplax longipennis - mâle

Voilà une autre journée bien remplie et avec d'excellents résultats d'inventaire.

Liste des espèces :

Calopteryx maculata - 5 imagos mâles et 2 femelles observés
Enallagma hageni - 17 imagos mâles "capturé/relâché" (C/R)
Enalagma sp. - 42 imagos observés mais non-identifiés
Nehalennia irene - 40 imagos et plus observés
Aeschna canadensis - 13 imagos mâles C/R
Aeschna sp. - 45 imagos observés mais non-identifiés
Erythemis simplicicollis - 1 imago femelle C/R
Leucorrhinia intacta - 1 imago mâle observé
Leucorrhinia proxima - 3 imagos dont 1 mâle et 1 femelle C/R plus 1 mâle observé
Libellula pulchella - 2 imagos dont 1 mâle et 1 femelle observés
Libellula quadrimaculata - 5 imagos observés
Pachydiplax longipennis - 3 imagos observés dont 1 mâle et 2 femelles
Sympetrum internum -  3 imagos dont 2 mâles et 1 femelle C/R
Sympetrum obtrusum - 23 imagos dont 20 mâles C/R plus 3 observés
Sympetrum sp. - plus de 200 imagos


Alain Côté
Peter Lane
Maurice Raymond


La rivière Saint-Charles - plus de 32 espèces recensées!


L'Hagénie - Dragonhunter - Hagenius brevistylus - femelle

La rivière Saint-Charles prend sa source du lac portant le même nom en périphérie de la ville de Québec. C'est une rivière très sinueuse, au cours lent et avec une impressionnante voute arbustive le long de ses rives. Récemment je suis allé inventorier les libellules de cette rivière et j'y ai découvert une riche odonatofaune.

J'ai canoté la rivière pour la première sur une distance d'environ 250 mètres de part et d'autre du pont du Boulevard de la Colline le 13 juillet dernier. J'ai d'abord remarquer l'omniprésence de Calopteryx aequabilis tout au long du parcours notamment près des îlots de végétation flottante ou encore posés sur le feuillage surplombant la rivière. Chose certaine ils sont nombreux et une seule autre espèce semble aussi abondante  mais plus discrète; Enallagma ebrium. Puis survient ma première "grosse" surprise à la sortie d'un méandre alors que je vois une libellule faisant un va et vient pendant plusieurs secondes à l'endroit où elle a choisie de pondre ses oeufs en bordure de la rivière.  Je l'observe tapant énergiquement la surface de l'eau avec le bout de son abdomen en faisant gicler de nombreuses gouttelettes d'eau. Cette Hagenius brevistylus ne sera pas la seule à assurer la nouvelle génération puisque j'en verrai deux autres en train de pondre à différents endroits le long de mon parcours. Avec en plus les individus en circulation j'ai certainement du en voir une bonne demi-douzaine...! Ce n'est pas une libellule simple à observer dans la région, ou même ailleurs, mais quand cela arrive elle a tout pour impressionner et ce tant du point de vue comportemental que par sa taille. D'autres espèces fort intéressantes lors de cet inventaire sont Didymops transversa et Macromia illinoiensis. Ces deux belles espèces, généralement peu notées dans mon carnet d'inventaire, ne me laisse plus aucun doute sur la qualité et le potentiel de ce site et c'est avec un total de 18 espèces dénombrées que je complète ce premier relevé.


L'Hagénie - Dragonhunter - Hagenius brevistylus - femelle - 13 juillet 2019


Voici la liste des 18 espèces ainsi que les nombres pour chacune d'elle :

Calopteryx aequabilis  - 50 et plus observés - espèce omniprésente
Calopteryx maculata - 2 mâles observés
Enallagma ebrium - 50 et plus observés - 6 mâles capturés et relâchés (C/R) - espèce omniprésente
Ischnura verticalis - 2 mâles observés
Aeschna sp. - 2 observés
Anax junius - 1 mâle observé
Basiaeschna janata - 5 observés - dont 1 mâle C/R
Phanogomphus exilis - 2 observés - dont 1 mâle C/R
Hagenius brevistylus -  5 et plus observés - dont 1 en vol, 1 femelle C/R et trois femelles en ponte
Didymops transversa - 4 observés - dont 1 mâle C/R
Macromia illinoiensis - 2 observés - dont 1 femelle C/R et une femelle en ponte
Ladona julia - 4 observés - dont 1 mâle, un tandem et une femelle en ponte
Leucorrhinia intacta - 25 et plus observés  - mâles, femelles, tandems et ponte
Leucorrhinia proxima - 1 mâle C/R
Libellula pulchella - 2 observés - mâle et femelle
Libellula quadrimaculata - 1 observé
Plathemis lydia - 7 et plus observés - mâles, femelles, ponte
Sympetrum obtrusum - 1 mâle observé

Suite à ces résultats plus qu'encourageant j'étais de retour sur la rivière deux jours plus tard pour investiguer une plus grande section située entre les pont du Boulevard de la Colline et celui de l'Avenue Lapierre. Une capture surprise m'attendais quelque part sur la rivière et allait constituer l'ajout d'une nouvelle espèce pour la grande région de la Capitale Nationale. La journée a débutée très lentement dès 08h15 ce qui m'a donné amplement de temps pour bien évaluer le nombre de Calopteryx aequabilis. 1, 2, 5, 25, 50, 100..., 250 et j'ai arrêté de compter pour passer à autre chose! Puisque j'ai tout mon temps je navigue à pas de tortue. J'investigue tout ce qui se passe autour et près de moi. Je ne suis plus surpris de noter Hagenius brevistylus avec régularité mais leur nombre reste tout de même impressionnant. J'en ai capturé quatre et j'ai noté une dizaine de femelles en ponte. Du côté des gomphides une belle présence pour Phanogomphus exilis autrement difficile à détecter régionalement. Les Macromia illinoiensis sont aussi à l'honneur avec cinq individus dont une femelle en ponte. Mais la cerise sur le sundae est venue avec la capture inattendue d'un autre membre de la famille des gomphidés et il s'agit de Dromogomphus spinosus. C'est certainement un bel ajout pour la région de Québec dans le cadre de l'Initiative pour un Atlas des Libellules du Québec (IALQ).


Gomphe épineux - Black-shouldered Spinyleg - Dromogomphus spinosus - mâle - 15 juillet 2019

Cette fois le décompte s'est terminée avec 21 espèces dont voici la liste :

Calopteryx aequabilis  - 250 et plus observés - espèce omniprésente
Calopteryx maculata - 25 et plus observés
Lestes disjunctus - 1 mâle C/R
Enallagma ebrium - 200 et plus observés - dont 6 mâles C/R - espèce omniprésente
Ischnura verticalis - 3 observés - dont 2 mâles et une femelle
Aeschna sp. - 2 observés
Anax junius - 1 mâle observé
Boyria vinosa - 1 mâle ténéral
Basiaeschna janata - 4 observés
Dromogomphus spinosus - 1 mâle C/R
Phanogomphus adelphus - 1 mâle C/R
Phanogomphus exilis - 3 observés - dont 1 mâle C/R et 2 observés
Hagenius brevistylus -  14 observés - dont 4 C/R (2 mâles et 2 femelles) et 10 femelles en ponte
Macromia illinoiensis - 5 observés - dont 1 femelle en ponte
Epitheca canis - 1 mâle C/R
Ladona julia - 16 observés - dont 14 mâles et deux femelle en ponte
Leucorrhinia intacta - 25 et plus observés  - mâles, femelles, tandems et ponte
Libellula pulchella - 1 mâle observé
Libellula quadrimaculata - 5 observés
Plathemis lydia - 18 et plus observés - dont 16 mâles et deux femelles
Sympetrum obtrusum - 7 mâles observés - dont 6 ténérals

La motivation est à son comble avec tous ses résultats. Jamais deux sans trois et me revoici à nouveau  sur la rivière le lendemain. Encore une fois de beaux ajouts d'espèces localement et une reconfirmation de la présence d'une autre en Capitale Nationale. Cette fois, à partir du pont du Boulevard de la Colline, je me dirige vers l'aval et je réussis à ajouter cinq nouvelles espèces pour le site. Parmi celles-ci il y a Enallagma hageni, Nehalennia irene, Stylurus scudderi, Epitheca princeps et Enallagma exsulans. Cette dernière n'a jamais été notée autrement qu'une seule fois dans la région de Neuville il y a fort longtemps (référence; Atlas préliminaire des libellules du Québec).


Agrion exilé - Stream Bluet - Enallagma exsulans - mâle - 16 juillet 2019

La liste compte encore 21 espèces :

Calopteryx aequabilis  - 50 et plus observés - espèce omniprésente
Calopteryx maculata - 10 et plus observés
Enallagma ebrium - 50 et plus observés - dont 4 mâles C/R - espèce omniprésente
Enallagma exsulans - 10 mâles et plus observés - dont 4 mâles C/R
Enallagma hageni - 1 mâle C/R
Ischnura verticalis - 3 observés - tous des mâles
Nehalennia irene - 3 observés - tous des mâles
Aeschna sp. - 2 observés
Anax junius - 1 mâle observé
Basiaeschna janata - 3 observés
Dromogomphus spinosus - 1 mâle C/R - (capturé par Guy)
Phanogomphus adelphus - 2 mâles C/R
Phanogomphus exilis - 4 observés - dont 2 mâles C/R et 2 observés
Hagenius brevistylus -  5 observés - dont 2 femelles en ponte
Stylurus scudderi - 2 femelles ténérales
Macromia illinoiensis - 3 observés - dont 1 femelle en ponte
Epitheca princeps - 1 observé
Ladona julia - 8 mâles observés
Leucorrhinia intacta - 3 mâles observés
Libellula pulchella - 1 tandem observé
Plathemis lydia - 8 et plus observés - tous des mâles

Ajout récent :

Calopteryx amata - 3 mâles C/R (20/07/2019)

Le grand total d'espèces de rivières et de marais recensées sur un tronçon d'environ deux kilomètres est vraiment au delà de mes attentes. Plus de 32 espèces incluant l'exuvie de Boyeria grafiana et celle d'Ophiogomphus colubrinus en plus d'une non-identifiée d'ophiogomphus sp correspondant peut-être à une 33ième espèce, ont été rapportées. Je ne serais pas surpris d'y retourner bientôt!

Alain Côté
Guy Lemelin

tourbière Malbaie - parc des Grands-Jardins - 7 juillet 2019


Nous n'avons pas été longtemps dans le secteur de la tourbière avant de nous rendre compte de la situation; les quantités et la variété n'étaient pas au rendez-vous. Le printemps tardif se fait donc encore sentir dans cet écosystème aux conditions climatiques particulières. Malgré cela nous avons quand même atteint un objectif que nous nous étions fixé plus tôt; observer enfin une femelle Aeschna septentrionalis.

Depuis 2017, l'année des premiers inventaires à la tourbière Malbaie, nous n'avions encore capturés aucune femelle. Il apparaît donc évident, contrairement aux mâles, que tout au long de leur processus de maturation les femelles se tiennent loin des sites de pontes. C'est lorsqu'elles reviennent vers leur lieu d'émergence, là où les mâles les attendent, que nous avons probablement observés des tandems à l'occasion.                      

C'est en marchant dans la tourbière et tout en nous éloignant du secteur où nous observons normalement A. septentrionalis que fortuitement, parmi les quelques épinettes noire rabougries, je capture une libellule que je semble avoir dérangé. À travers les mailles du filet je reconnais tout de suite le "pattern" des motifs situés au niveau du thorax indiquant qu'il s'agit de A. sitchensis ou A. septentrionalis. En main le premier constat semble évident car la taille de l'insecte et les motifs de l'abdomen pointent vers Aeschna sitchensis. Toutefois il semble un peu tôt en saison pour observer cette espèce et je décide de vérifier à la loupe un des critères très important pour différencier A. sitchensis et A. septentrionalis; le T-Shape en vue de dessus. J'y regarde à deux fois et je me rend compte qu'il ne s'agit pas du motif de A. sitchensis et en plus la longueur du point de contact entre les deux yeux ne correspond pas non plus à cette dernière. Je reprends l'exercice au complet en observant à nouveau cette libellule. Elle est notablement plus petite que les mâles d'A septentrionalis que nous observons habituellement et sa taille s'apparente plutôt à celle d'Aeschna sitchensis. Les motifs de l'abdomen semblent ceux d'Aeschna sitchensis mais les critères spécifiques à A. septentrionalis sont bien présents au niveau de la tête. J'appelle Guy pour lui demander son avis puis je lui remet la libellule. Son verdict tombe et confirme mes doutes; une femelle Aeschna septentrionalis. Différencier ses deux espèces peut-être "tricky" et cette expérience m'a rappelé celle du premier mâle que nous avions capturé à la tourbière Malbaie en 2017. À ce moment nous avions été complètement berné (http://libellulesquebec.blogspot.com/2018/01/decouverte-dune-population-daeschne.html) !

Voici donc quelques photographies de cette femelle Aeschna septentrionalis. Comparez là avec celle d'Aeschna sitchensis capturée au même endroit le 20 juillet 2017. Portez particulièrement attention aux images "vues de dessus" et remarquez surtout les détails du "T-shape" et la longueur du point de contact entre les yeux.


Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - femelle en vue latérale - 7 juillet 2019




Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - femelle en vue dorsale - 7 juillet 2019



Aeschne septentrionale - Azure Darner - Aeshna septentrionalis - femelle en vue de dessus - 7 juillet 2019



Aeschne à zigzags - Zigzag Darner - Aeshna sitchensis - femelle en vue latérale - 20 juillet 2017



Aeschne à zigzags - Zigzag Darner - Aeshna sitchensis - femelle en vue dorsale - 20 juillet 2017



Aeschne à zigzags - Zigzag Darner - Aeshna sitchensis - femelle en vue de dessus - 20 juillet 2017





Alain Côté
Peter Lane
Guy Lemelin
Maurice Raymond


Émergences retardées et décomptes impressionnants


Le constat semble évident que les conditions climatiques printanières ont retardées le moment de l'émergence de plusieurs espèces. Mais voilà que ce délai, imposé par Dame Nature, se manifeste maintenant sous la forme de dénombrements impressionnants après que les naïades prêtent à quitter le milieu aquatique eurent attendu le jour "J" pour entreprendre la grande métamorphose.

C'est du côté de Stater pond, dans la région de l'Amiante le 28 juin dernier, que j'ai réalisé qu'il y avait quelque chose de différent cette année alors que certaines espèces printanières se retrouvent dans des concentrations que je n'ai jamais observées auparavant. À titre d'exemple voici quelques données recueillies cette journée là;
  • Calopteryx aequabilis : cette espèce est observée fréquemment dans ce secteur mais pas dans des concentrations comme celle notées ce jour là. Dans mon carnet de notes j'ai indiqué le nombre 80++; le signe "+" signifiant qu'il y en avait au delà du chiffre indiqué. À une reprise dans un secteur très limité il y avait un regroupement d'environ 20 à 25 individus, la majorité des mâles, près d'un habitat propice pour la reproduction de l'espèce.
  • Enallagma ebrium : il s'agit d'une espèce abondante dans ce milieu, toutefois cette journée là elle était très abondante. j'ai noté le chiffre conservateur de 1500++ individus. Il y avait encore beaucoup d'émergences dont profitait largement les Anax et les Leucorrhinia intacta pour se nourrir.
  • Leucorrhinia intacta : il y avait une concentration hors de l'ordinaire pour cette espèce. Dans mon carnet j'ai noté 1800+++ dans un périmètre relativement restreint et essentiellement sur les sites de reproduction.
  • Libellula quadrimaculata : pour cette espèce et la prochaine ce n'est pas le nombre mais plutôt le phénomène. Sous le vent, près d'un arbre isolé le long du chenail, un essaim d'une quinzaine d'individus se nourrissaient. Il s'agit possiblement d'individus immatures ayant émergés depuis peu.
  • Epitheca princeps : ce n'est pas une espèce commune au Stater pond mais nous la notons sporadiquement surtout le long de la rivière aux Pins. À mon retour et non loin du pont à la Cheville j'ai été surpris de découvrir un essaim qui se nourrissait quelques mètres au dessus de la rivière. J'en ai compté 18! Encore là ce n'est pas le nombre mais plutôt le phénomène qui est remarquable. Il s'agit possiblement de jeunes individus ayant entreprit le processus de maturation depuis peu.
Le lendemain c'est du côté de l'étang de Château-Richer que j'ai aussi observé le phénomène avec une importante émergence d'Ischnura verticalis. Et finalement c'est dans le parc des Grands-Jardins dans la Réserve faunique des Laurentides que moi, Guy, Peter, Maurice et Adine avons aussi été témoin de nombres importants. Cette fois c'était une concentration de Cordulia Shurtleffi près de l'étang Malbaie qui a attiré l'attention. L'essaim était composé d'au moins 250++ individus qui volaient en tout sens, se nourrissaient et se posaient sur les branches de conifères près d'un chemin forestier. C'était un spectacle saisissant.


Alain Côté
Peter Lane
Adine Séguin
Guy Lemelin
Maurice Raymond

Epiaeschna heros aux portes de Québec - 23 et 24 juin 2019


Dimanche le 23 juin vers midi, je reçois un appel de Guy qui me fait part d'une observation pour le moins inattendue. En effet, lors d'un inventaire de routine qui visait à confirmer la présence d'Enallagama vernale à la sablière de Pintendre à Lévis, qu'elle ne fut pas sa surprise de repérer en bordure du chemin d'accès un mâle d'Epiaeschna heros ! Hors de portée de son filet, il prit tout de même soin d'immortaliser cette découverte (voir photo ci dessous). Plus encore, il me fait comprendre qu'il y en a plus d'une sur le site.

Sur le champ je décide de me rendre sur place pour tenter ma chance afin d'observer cette majestueuse libellule. Avec un vent nord-ouest et des pointes entre 40 et 50 km/heure les aeschnes, puisqu'il y en deux ou trois, sont exactement dans la même petite clairière, décrite par Guy, à l'abri du vent. Elles volent, se nourrissent et se posent fréquemment non loin de moi. Au vol j'ai clairement identifié un mâle mais il y en a probablement deux puisque moi et Guy avons observé à quelques reprises la même inter-action entre deux individus. Cette libellule est impressionnante de part sa taille mais que dire de son envergure d'ailes. Son vol d'apparence un peu nonchalant ne lui enlève rien en rapidité d'exécution quand vient le moment d'esquiver mon filet.

Je me doutais bien qu'il pouvait s'agir d'un influx du sud ou du sud-ouest car l'espèce n'a jamais été signalée aussi près de Québec. Mais ma surprise a été encore plus grande lorsque j'ai appris qu'une autre participante de l'atlas, Roxanne Sarah-Bernard (fide Alain Mochon de l'IALQ) avait aussi notée plus d'une vingtaine de « majestueuse » dans le secteur de Blainville durant le même week-end. De toute évidence il s'agit d'un influx d'une envergure jamais observé ou signalé à ma connaissance au Québec. Je vous invite à suivre le lien qui suit pour en apprendre d'avantage sur Epiaeschna heros et son statut au Québec. Ce superbe article a été écrit par Alain Mochon et Michel Savard puis publié dans la revue Le Naturaliste Canadien en 2016.

https://www.academia.edu/24089700/L_aeschne_majestueuse_une_libellule_en_situation_pr%C3%A9c

Sans en être certain, il est possible que la présence de cette espèce en "grand nombre" au Québec soit le résultat de tempête ou de cyclone du côté américain ce printemps mais quoi qu'il en soit ce sera assurément un évènement historique.

Sur les photos qui suivent, je montre quelques détails que nous avons remarqués et qui peuvent aider à détecter l'espèce dans votre secteur.

  • Les mâles ont la pointe des ailes ambrée, un critère qui apparaît toutefois moins évident chez la femelle. 
  • Lorsque les conditions sont optimales il est possible d'observer les ailes légèrement enfumées sur les deux premiers tiers chez les deux sexes. 
  • En vol, l'abdomen paraît légèrement recourbé vers le haut donnant un aspect ondulé à celui-ci.
Ces caractéristiques, combinées avec son imposante envergure et sa grande taille, devraient vous aider à repérer cette espèce si elle est présente dans votre secteur.

Chez ce mâle remarquez le bout des ailes légèrement ambrées (23 juin)

Les ailes des deux sexes sont légèrement enfumées (23 juin)

Remarquez la posture de l'abdomen de ce mâle

Ici une femelle, on y voit bien les ailes légèrement enfumées et la posture de l'abdomen (24 juin)

Ici une mâle posé, on voit bien le bout des ailes ambrées (23 juin)


Voilà une libellule que je ne croyais pas observer de si tôt au Québec. Je serai aussi curieux de vous lire si vous observez l'Aeschne majestueuse bientôt.


Alain Côté
Peter Lane
Guy Lemelin
Maurice Raymond